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A Abidjan, quand on dit microbe, pas la peine de jeter une oeillade au microscope, il faille plutôt prendre ses jambes à son cou. Les microbes, c’est des bandes de jeunes de 8 à 16 ans qui agressent à la machette. voici le jour où j’ai fait la rencontre d’un de leur chef, un chef de gang à la gueule de chien. Et quel jour! quel jour!

 

une bande de microbes

une bande de microbes

C’est loin d’être une fiction. courant mars 2014, je suis dans une clinique dans la commune d’Attecoubé (commune populaire d’Abidjan). Environs 02h30 du matin, des coups retentissent à notre porte. Aussitôt, tout le personnel est en éveil. Une soldatesque. Un gang des plus réputés de tout Abidjan. Un cœur de chien. Un chien de guerre à la casquette de chef de gang, à la gueule de chien. Un homme, pas plus de 23 harmattans, un nom: 199 surnoms encenseurs : Zam Zam la terreur. Zam T le vent. Zama le chat.  un de ses hommes de mains qui se meurt. un blessé par arme à feu. Des ripoux en retard et non armés. Wang , le brave de la 25em heure. Une sage femme enceinte. Un infirmier dans sa soutane de prêtre.Ça tout l’air d’une fiction qui pourrait être primée à Hollywood, mais c’est un fait vécu.Oui, c’est bien un fait vécu.Nous voici plongé dans un thriller à l’ivoirienne mis sur les planches. Silence on tourne dans la pleine nuit de Boribana …
« Vous naka le soigner dèh. S’il casse, on va tous mourir ici » dixit le chef bandit. Celui qui lance ces menaces est certes chef de gang, mais n’hésitait pas à passer tous les matins, saluer poliment à la clinique. La pression non amicale qu’il exerce cette fois, fait monter l’adrénaline. On sait l’homme capable des pires monstruosités pour des miettes. Aucune peccadille n’est permise. Sur le flanc du blessé, le sang n’arrête pas de suinter. « Vous naka fait dèh » nous met-il en garde de nouveau. Le branle-bas est indescriptible, à voir la sage femme, elle n’est pas loin de donner naissance à un avorton de 5 mois à peine.
WANG LE CHINOIS : LE MÉDECIN QUI PRENAIT SA BLOUSE POUR UN KIMONO DE FUNAKOUSHI.

l'ami Wang!

l’ami Wang!

Wang, est un ami qui nousavait juré d’antan, être celui qui dirait ses 4 vérités à Zam Zam le Satan. « L’hôpital, c’est mon lieu de travail et ici, c‘est moi qui donne des instructions. Si Zam T y débarque et joue les caïds, je le mets à la porte. C’est moi le médecin de garde » avait glosé un jour Wang, contre le pertinent avis de l’infirmier à la soutane de prêtre. Hier n’est pas loin, aujourd’hui est déjà là.Voici Zam T, Voici Wang. Tous deux fils de la nuit sous la pleine lune. Le brave à la parole facile et notre bandit à la gâchette plus que facile. Tous deux réunis au clair de lune par les circonstances d’un soir anodin. « Vous naka fait dèh » criait Zam T. Voici notre médecin comme atteint d’une crise de tétanie faite de tremblements qui auraient fait évoquer une fausse crise d’épilepsie. Pour ne pas attirer sur nous la colère de Zama, il est décidé de placer un sérum au blessé et de l’évacuer d’urgence dans un service de chirurgie. Wang avec la peur au ventre, en dépit de toutes les tasses de haricot qu’il ingurgite tout les matins n’arrivera pas à déchirer de ses mains un sparadrap. Zama m’intima alors l’ordre, que sur le bulletin d’évacuation fut marqué la mention : blessé par balles perdues et non par arme à feu. Ce que je m’empressai de faire d’ailleurs sous sa haute supervision. Apres l’évacuation,Wang finit par comprendre que souvent, fuir, esquiver sont aussi une autre forme de bravoure, comme le dit ma mère.

« Celui qui a vu le lion et celui qui ne l’a pas vu n’ont pas la même façon de courir. Moi, j’ai vu le lion. Moi Gbagbo j’ai vu le lion ». Vous avez deviné l’auteur de ces propos, je pourrai les reprendre volontiers à mon compte. C’est d’ailleurs parce que j’ai vu ‘’le lionceau’’, que j’appréhende maintenant le cadre de travail de nos collègues en période de conflits armés. Autant les journalistes sont en danger, autant le personnel de santé, l’est. Il est souvent en plein milieu de théâtre d’opération, l’objet de tirs groupés des deux belligérants, accusé d’avoir soigné tel camp tout aussi que l’autre. De Bangui à Bagdad, saluons MSF (médecins sans frontière) et les agents de santé qui sauvent des vies au péril de leurs âmes. A chacun d’entre eux, je décerne le prix Nobel de médecine.

6 thoughts on “Insécurité à Abidjan: mon face à face avec  »Zama le microbe »

  1. Incroyable mais vrai.Des gosses qui terrorisent des adultes avec des machettes.Mon beau pays a bien changé.Yako à tout le personnel soignant qui travaille dans l’insécurité et risque leur vie au quotidien pour sauver d’autres.

  2. D’aucun aurait cru qu’après Pololo, le grand banditisme aurait prit fin. Ceux là ne sont pas des enfants, et doivent subir la rigueur de la loi.

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