On le savait acrobate de la vieille école. Avec pour maîtres les Bokassa et autres Moboutu  et pour condisciples les Mugabé et autres Théodoro Obiang N’Guéma. Voici pourquoi, on le savait capable de jongler avec la constitution, en sautant d’un article à un autre. Du moins on le pensait et lui- même s’en savait capable. Alors, il voulu s’attaquer à son propre record d’invincibilité. Celui-ci était un record de longévité pour un acrobate-voltigeur. Pour cela, il fallait s’attaquer à l’article 37 de la constitution. Il en était décidé. C’était lui, Blaise l’acrobate-voltigeur au compas dans l’oeil dont les envolées étaient aux arabesques compliqués. Qu’importe l’usure du temps, c’était quand même lui Blaise,  se disait il?   Le énième voltige ou le voltige du vertige!   Et pourtant, il avait perdu de sa fraîcheur. Il avait certes de l’expérience mais plus d’espérance. Sa barbe, jadis d’un noir rayonnant avait blanchi sous le soleil de Ouagadougou. Notre acrobate-voltigeur incarnait le passé mais croyait être l’avenir. Ce soir, lui l’acrobate-voltigeur avait décidé de défier ses vieux os dans un face à face avec son ombre, dans un face à face avec son peuple. A tous ceux, qui pensaient qu’il n’était plus bon pour le service, tous ces hiboux aux yeux de vipères, ils leurs fermeraient le clapet . Non, lui l’acrobate-voltigeur ne connaitra ni la nostalgie du futur ni la pesanteur de l’oubli. Alors que sa cour de laudateur lui rappelait ses heures de gloire, notre vieil acrobate-voltigeur prit appuis sur la constitution et s’ élança. Il tira tellement sur la corde constitutionnelle qu’elle se déroba sous ses pieds. Le voici donc dans l’air, les narines ouvertes respirant l’air sec et chaud. Le voici dans une trajectoire qu’il n’avait pas tracé. Cette maudite constitution s’était dérobée sous ses pieds, lui l’acrobate-voltigeur! Mais c’est quand même lui, Blaise le condisciple à Kabila fils et l’élève à Bokassa, passé maitre dans l’improvisation! Alors malgré son faux départ, du haut de ses 27 ans de voltige, il ne devrait retomber que sur es pieds. Mieux les deux pieds  dans son trône. Ainsi, en dépit du vertige de sa hauteur, il souriait, défiant un peuple spectateur. Tellement sûr de lui qu’il en faisait un peu trop: des figures dont lui seul en avait le secret. Sa cour de laudateurs applaudissait et le peuple le regardait. Il alla même jusqu’à tutoyer les cieux ,mais jamais ne s’attendait à toucher le sol. Au pire des cas il retomberait sur son trône pensait il. Alors, il se laissa aller, il ferma les yeux, croisa ses pieds depuis le sommet de sa hauteur. Il ne pouvait retomber que sur ses pieds et dans son trône, pensait il. Hélas! Quand il rouvrit ses paupières, il était par terre, étalé sur le ventre. Le peuple acclamait et sa cour de laudateur pleurait. Il était une fois un vieil acrobate-voltigeur qui oublia qu’il venait du pays des hommes intègres. Gbès est mieux que dra… Adieu, que ton âme se repose à jamais en paix!

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